Au IV° siècle, rompant avec la civilisation, des hommes quittèrent les villes pour rencontrer Dieu au désert. Installés pauvrement dans une cabane ou une grotte, débarrassés de tout superflu, ils partageaient leur vie entre le travail manuel, la méditation et la prière.

 

Parti d'Égypte au siècle précédent (avec saint Antoine), le mouvement allait très vite se répandre et gagner tout le Proche-Orient.

 

C'est ainsi qu'alors même que la région avoisinante était encore païenne, les grottes de la montagne se peuplèrent de ces ermites, ces "Fous de Dieu", principalement dans la vallée qui allait prendre le nom de "Qadisha" - c’est-à-dire "La Sainte".

 

Chaque moine (du grec "monos"=seul), se rattachait à un Père spirituel, appelé ancien ou abbé. Bien que vivant le reste du temps seuls, les disciples d'un même maître se retrouvaient parfois pour un enseignement ou une prière en commun.

 

Certains choisirent alors de vivre ensemble. Cela supposa, non seulement des bâtiments plus vastes qu'un simple ermitage, mais aussi toute une organisation de vie communautaire et une Règle.

 

C'est en plein milieu de la Vallée Sainte, que fut fondée (par l'empereur Théodose (379-392) ou, plus probablement au siècle suivant par Théodose le Cénobiarque, grand organisateur de communautés) la première communauté monastique au Liban.

 

Elle prit le nom de Qannoubine (du grec kénobios = vie commune, qui donna le cénobitisme).

 

D'autres couvents furent fondés plus tard (seuls subsistent celui de Saint-Antoine-de-Qozhaya, celui de Mar Lichaa, récemment restauré, et celui de Saydet Hawqa), mais Notre-Dame de Qannoubine avait la primauté sur tous.

 

En 1388, le sultan mamelouk Barquq, momentanément chassé de son trône, y aurait trouvé refuge. C'est lui qui, une fois rétabli, aurait accordé au couvent des privilèges, en remerciement de l'hospitalité accordée.

 

On l'appela le monastère des deux cents moines - il n'en hébergeait directement guère plus d'une cinquantaine, mais les moines, ermites ou cénobites qui dépendaient de lui étaient trois fois plus nombreux.

 

En 1440, lorsque le Naïb de Tripoli voulut s'emparer du patriarche Jean Jagi, celui-ci se réfugia à Qannoubine. C'est là que, pendant près de quatre siècles, vécurent ses successeurs, dans l'insécurité permanente, partageant la pauvreté et les souffrances de leur peuple.

 

 

 

Yves Prévost, Notre-Dame de Qannoubine