Le Monastère de Notre-Dame de Qannoubine

 

C'est en plein milieu de la Vallée Sainte, que fut fondée (par l'empereur Théodose (379-392) ou, plus probablement au siècle suivant par Théodose le Cénobiarque, grand organisateur de communautés) la première communauté monastique au Liban.

Elle prit le nom de Qannoubine (du grec kénobios = vie commune, qui donna le cénobitisme).

D'autres couvents furent fondés plus tard (seuls subsistent celui de Saint-Antoine-de-Qozhaya, celui de Mar Lichaa, récemment restauré, et celui de Saydet Hawqa), mais Notre-Dame de Qannoubine avait la primauté sur tous.

En 1388, le sultan mamelouk Barquq, momentanément chassé de son trône, y aurait trouvé refuge. C'est lui qui, une fois rétabli, aurait accordé au couvent des privilèges, en remerciement de l'hospitalité accordée.

On l'appela le monastère des deux cents moines - il n'en hébergeait directement guère plus d'une cinquantaine, mais les moines, ermites ou cénobites qui dépendaient de lui étaient trois fois plus nombreux.

En 1440, lorsque le Naïb de Tripoli voulut s'emparer du patriarche Jean Jagi, celui-ci se réfugia à Qannoubine. C'est là que, pendant près de quatre siècles, vécurent ses successeurs, dans l'insécurité permanente, partageant la pauvreté et les souffrances de leur peuple.

 

Qannoubine aujourd'hui

L'église, construite dans une grotte abrite des peintures murales, hélas très abîmées. La mieux conservée représente le couronnement de la Vierge par les trois personnes de la Trinité. Dans le chœur est peinte une Deisis où le personnage traditionnel de saint Jean est remplacé par saint Étienne, ce qui permet de dater l'œuvre de l'époque du patriarche Stéphane Douaihy, c’est-à-dire de la fin du XVIIe siècle.

Sous l'église, des fouilles ont permis de découvrir une cave communiquant avec une grotte servant de cachette au patriarche en période de persécution. Un mur porte une petite fresque d'époque indéterminée, représentant une figure humaine.

Le couvent, déserté par les moines, a servi un temps d'école, puis à nouveau abandonné, il a désormais retrouvé vie.

Les sœurs Antonines y assurent une présence de prière depuis et accueillent pèlerins et visiteurs.

 

Sainte Marina

À proximité du couvent, une petite chapelle construite à l'emplacement d'une grotte, est dédiée à Sainte Marina. C'est dans cette grotte que la sainte femme vécut en ermite au VIIe siècle.

Son culte s'est propagé en Occident à la faveur des croisades et son corps fut translaté à Venise.

Son bras gauche, cependant, était encore exposé à Qannoubine à la fin du XVIIème siècle, à l’époque du patriarche maronite Douaihy ; il a disparu depuis.

C'est là également que sont enterrés dix-sept des vingt-quatre patriarches qui, de 1440 à 1823 vécurent et moururent à Qannoubine.

 

 

 

PRIÈRE A NOTRE-DAME DE QANNOUBINE

 

 

Quand le fardeau se fait trop lourd pour moi

Que mon sac pèse trop sur mes épaules,

Alors, je prends mon bâton et viens vers Toi

Notre-Dame de Qannoubine,

Notre-Dame du Liban,

Notre-Dame de partout,

Notre Mère !

 

Voici, jetés à Tes pieds toute ma misère,

Toutes mes faiblesses, mes soucis

Et les peines de ceux que j'aime aussi.

Je ne Te demande pas de m'en décharger

Et s'il m'arrivait un jour, à bout de forces, de T'en prier,

S'il Te plaît, ce jour-là, ne m'écoute pas :

il me faut bien accomplir ma tâche sur celle Terre

et l'inutilité me serait un fardeau bien plus lourd encore.

 

Je viens seulement quêter de Toi

Ce sourire de tendresse,

Cette main sur mon épaule

Cette voix qui me murmure au cœur :

"Courage mon enfant !"

 

Alors, je rechargerai sur mon dos mon sac.

Rien n'y manquera,

Mais il me semblera plus léger.

Et je repartirai joyeux,

Te sachant à mes côtés

 

Obtiens-moi seulement, je T'en prie,

Un peu plus de courage

Un peu plus de force

Et surtout, un peu plus de Foi.

 

Amen !

 

 

 

 

Yves Prévost, Notre-Dame de Qannoubine

 

 

 

Au pied des Cèdres, symbole d'un pays libre et prospère, une vallée, qui dessine deux bras de prière, entaille la montagne : l'extraordinaire Qadisha !

 

Cette Vallée Sainte, avec ses précipices et son austérité, où, depuis des siècles, des hommes ont cherché Dieu. Là, blottis dans cette Vallée imprenable, les maronites ont fui les persécutions successives des Mamlouks et des Ottomans. Là, évêques « aux crosses en bois, mais au cœur en or » se sont livrés à la contemplation, tout en cultivant la terre, vêtus de bure paysanne.

 

Les rochers, dans la Qadisha, parlent de la solidité de la foi et ils évoquent ce temps ancien où des centaines de moines et d'ermites maronites se pressaient dans les monastères ou s'isolaient dans les innombrables grottes de la montagne pour s'adonner à une prière continuelle. « Tous les jours, une nuée d'encens montait de la Vallée » rapporte la tradition.

 

Ici et là, on aperçoit des grottes creusées dans la roche et des ruines d'ermitages et de monastères où vivaient des « hommes ivres de Dieu », disséminés dans la longue vallée (16 km). Les moines menaient d'abord la vie commune, avant de se retirer dans les grottes environnantes et de s'exercer à la vie érémitique. La grotte est la vedette de la Vallée.

 

Une quarantaine de « Deir » (ermitages) et quatre monastères y sont aménagés. Citons :

 

- Le monastère de Qozhaya avec l'ermitage Mar Ghobtâ où vivait il y a peu le Père Antonios Chayna.

- Le monastère Mar Lishâ (saint Élisée), lieu de la fondation renouvelée des Ordres religieux maronites et au pied duquel se situe l'ermitage de Mar Sarkis.

- Les ermitages-«Deïr» de Mar Assia, Essalib, Aboun...

- La grotte de sainte Marina.

- Le monastère de Notre-Dame de Hawqa, premier couvent-séminaire maronite (1624), animé actuellement par le P. Dario Escobar, ermite colombien de l'Ordre Libanais.

- Le monastère Notre-Dame de Qannoubine, ancien patriarcat maronite.

 

Qannoubine est la transcription syriaque du vocable grec «Koinôbion», qui signifie vie communautaire (Koinôs = commun + bios = vie), et a donné le terme cénobitisme.

Notre-Dame de Qannoubine, dont l'église est enchâssée dans une grotte à flanc de la paroi rocheuse, est le plus ancien des monastères du Liban, et d'une simplicité marquante.

Devenu siège du patriarcat maronite du XVe au XIXe siècle, il conserva une prééminence sur tous les autres couvents du Mont Liban. Emblématique, il est considéré comme le centre vital et spirituel de l'Église Maronite.

Une anecdote rapporte que, dans le passé, pour assurer la sécurité du Patriarche, une petite trappe, aménagée sous sa cellule monastique, permettait à ses fils de le diriger à la moindre alerte vers un aménagement souterrain.

Dans l’église du monastère, la fresque de Notre-Dame de Qannoubine, la plus étendue, ; a été commandée par le Patriarche Stephan Douayhi ; elle représente l'Assomption (Dormition) de la Vierge Marie et son couronnement par les Trois Personnes Divines et porte, en syriaque, le verset du Cantique des Cantiques : « Viens du Liban, ma fiancée, et tu seras couronnée ». L'artiste a peint, au bas de la fresque, les portraits des patriarches de Qannoubine et jusqu'au Patriarche Douayhi, par dévotion envers la Vierge.

 

Qui fonda Notre-Dame de Qannoubine et en quelle année ?

 

Les avis diffèrent. Une notice évoque, selon le P. Lammens, une fondation monastique en 375 par l'empereur Théodose le Grand – mais une confusion avec Théodose le cénobiarque est possible, et la fondation appartiendrait alors à l’un des disciples de ce dernier.

Le Patriarche Stephan Douayhi né en 1630 à Ehden - le « Paradis des maronites » -, est une figure attachante qui domine l'histoire des maronites au XVIIe siècle. Il est le premier historien de la nation, la mémoire des maronites, le pionnier de la réforme liturgique et de la vie monastique dans notre Église.

C'est à Qannoubine que Douayhi vécu, prié, écrit et qu'il est revenu pour mourir. Il mourut en odeur de sainteté le 3 mai 1704.

En 1990, le monastère de Notre-Dame de Qannoubine a été rénové ; il comprend, outre l'ancien appartement du Patriarche, une cuisine pour les pèlerins, deux chambres pour les aumôniers et neuf cellules restaurées dans les arcades du premier étage.

Depuis 1992, plusieurs sœurs de l’ordre des Antonines y assurent une présence presque permanente pour animer la liturgie et les offices et offrent une hospitalité aux pèlerins, toujours plus nombreux.